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| International > Interview Jean-Louis Gassée |
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| Interview de Jean-Louis Gassée |
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Jean-Louis Gassée (actionnaire de Vaience et ex-dirigeant d'Apple, inc.) évoque l'environnement technologique de la vallée et les perspectives de carrière offertes aux ingénieurs français.
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| Vaience : Coût de la vie exorbitant, NASDAQ plus volatile que jamais, et même coupures d'électricité, les media français peignent ces derniers temps une image assez noire de la Silicon Valley
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| JLG : Les derniers soubresauts ne sont que cela, un épisode de plus, et pas une remise en cause d'un modèle qui dépasse de beaucoup le phénomène start-up internet. La Silicon Valley a la longue tradition d'être le paradis du high-tech, elle l'était il y a trente-deux ans, lorsque je suis entré chez HP, une société qui avait déjà trente ans. Intel, National Semi-Conductors, Fairchild étaient déjà à cette époque les étoiles de la Valley. Donc elle reste et va rester un lieu de convergence de la high tech, de la culture d'entreprise, de la créativité, et du capital. |
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| Pour un jeune ingénieur français, l'aventure reste belle? |
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| Plus que jamais, oui. La Silicon Valley reste l'endroit idéal pour être impliqué dans des projets forts. Je sais d'expérience, comme recruteur, que les ingénieurs français sont très bien formés, polyvalents et flexibles, et qu'ils ont toutes les chances de s'imposer en Californie. Techniquement, en rejoignant les entreprises les plus avancées au monde, ils vont apprendre, s'impliquer, et décupler leur valeur. Humainement, l'aventure sera tout aussi unique : au sein de Be par exemple et à l'image de toute la Vallée, nos ingénieurs Français ont rejoint une équipe venue de Norvège, d'Ukraine, du Japon, de Russie, de Serbie, de Croatie, de Suisse, de Belgique, de Suède, d'Afrique, de Chine, de la République Tchèque... Bref, une équipe d'immigrants dans la pleine tradition locale. Impossible de ne pas être enrichi par cette expérience. Et l'enrichissement n'est pas qu'intellectuel, les entreprises américaines de la high tech ayant compris que le travail devait être généreusement rétribué. Vaience permet aux ingénieurs français de commencer cette aventure. |
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| Justement, pourquoi vous être impliqué personnellement dans le projet Vaience ? |
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| A beaucoup d'égards, je trouve que Vaience est un projet unique. Une entreprise se construit pour créer de la valeur, et de préférence pour tous les participants, à tous les niveaux. Le win-win, c'est à la page 2 du manuel. Or, ici, on retrouve justement une telle équation. Les ingénieurs français y gagnent, on l'a vu, d'autant que Vaience met à leur service un soutien logistique et un accompagnement de carrière qui facilite une transition parfois difficile tant matériellement qu'affectivement.. Les entreprises américaines gagnent en recrutant, pendant quelques années ou ad vitam, des individus de grand talent. Les écoles gagnent en voyant leurs meilleurs diplômés se mesurer à cet étalon ultime qu'est la Vallée. Et la France y gagne, parce qu'elle est ainsi mieux représentée dans la Vallée, diffusant ses valeurs culturelles et technologiques et profitant en retour d'un meilleur commerce, d'idées, de nouvelles pratiques et de l'expérience. |
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| A propos de retour, et après seize années passées en Californie, on ne doute plus de votre enracinement ici
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| Oui, je suis très vite tombé amoureux de la Vallée, cet extraordinaire bouillon de culture de l'entreprise "toutes tech". J'entends par là l'unique éventail de corps de métier travaillant en symbiose, du laveur de voiture méticuleux (ici on aime les autos proprettes) aux venture capitalistes qui les conduisent, aux firmes d'avocats d'affaires (ici, faire un procès est très mal vu, c'est un trouble de l'ordre public, on préfère le compromis) et aux sous-traitants de tout poils chargés de faciliter la naissance, la croissance, mais aussi les derniers moments et la crémation en bon ordre des entreprises petites et grandes qui sans cesse poussent les unes sur les autres dans cet écosystème hyper-actif. En tout cas, le "tout sous la main", le sentiment d'être au paradis de l'entreprise "high-tech" l'ont emporté pour moi sur une nostalgie du pays natal qui reste forte malgré tout. |
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| On voit parfois resurgir en France la peur de la fuite des cerveaux
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| C'est assez déplacé. On ne peut pas vouloir à la fois un rayonnement de la culture française et rayonner sans vecteurs. Pour exporter notre culture, notre image, nos produits, il faut aussi exporter nos hommes et nos femmes. Historiquement, la France n'a jamais eu la tradition d'émigration forte qu'ont d'autres pays d'Europe. Et pourtant, quand les français de l'étranger reviennent, ils rapatrient des capitaux, du savoir-faire, et souvent un esprit plus ouvert. Numériquement, ces flux humains sont négligeables, culturellement et économiquement, ils sont d'une valeur inestimable. Peut être que cette inquiétude revient aussi à se demander en quoi ce mouvement d'émigration questionne le pays natal. L'émigration a pu être perçue comme une critique du "système". Se critiquer entre soi, passe encore, c'est un sport national, mais émigrer, c'est dénigrer, surtout quand c'est vendre son âme au diable ultra-libéral. Mais tout cela n'est pas très important. Un jeune homme ou une jeune femme qui veut tenter l'aventure à l'étranger n'a de comptes à rendre qu'à elle ou lui même et finira bien par rapporter contacts et idées quand ce ne sont pas des capitaux au pays natal. |
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