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Vaience > La Presse > Les Echos.net - 12 mars 2001
 
 
Vaience ou les enseignements d'un net-echec
 

Echaudés par leur naufrage dans la tempête " dot-com ", quatre anciens de Stoody, éphémère start-up française, bâtissent leur entreprise pas à pas. Ils sélectionnent de jeunes talents français pour des sociétés de la Silicon Valley.

De notre correspondante à San Francisco.

 

North Beach, San Francisco. David Lebas et Simon Majoulet achèvent un rendez-vous d'affaires dans un café aux accents italiens. A neuf fuseaux horaires de là, Sébastien Sanz et Théo Lainé finissent de faire passer des tests à des étudiants de dernière année d'une école d'ingénieurs de Rennes. Un an plus tôt, ces quatre directeurs-actionnaires de Stoody étaient en première ligne de la frénésie " dot-com " parisienne. Une société d'infomédiation sur la population étudiante, Stoody devait s'imposer comme l'acteur incontournable du marché. Fondée en septembre 1999, elle a fermé sept mois plus tard. Les quatre y ont perdu plus de 1 million de francs. " Stoody est un catalogue des erreurs typiques d'un lancement de société dans le contexte de la nouvelle économie ", explique Simon Majoulet, président de Vaience. " Notre nouvelle société repose largement sur notre réaction positive à cet échec ". Ils ont tiré trois règles fondamentales : générer des revenus rapidement et conformément à un business-model clairement défini n'est pas une option, c'est la priorité. La levée de fonds ne conditionne pas l'existence de la société, mais sa vitesse d'expansion. Enfin le capital humain n'est pas ressource accessoire, mais la source vive de l'entreprise.

Soudés par leur aventure commune, ces quatre garçons sont partis en juillet dernier aux Etats-Unis à la recherche d'une idée. " Nous avions le sentiment d'avoir vécu la nouvelle économie en amateurs, nous voulions nous frotter à ses pionniers ", indique Simon Majoulet. " Nous avions une équipe exceptionnelle mais pas de projet. "

 
Faire ses preuves
 

Chemin faisant, leur rencontre fortuite avec Antoine et Alexandre Clappier, aujourd'hui actionnaires, a donné naissance à un projet destiné à réconcilier les besoins des entreprises de la Silicon Valley en matière grise et le désir de jeunes ingénieurs informatiques et télécoms français de se doter d'une expérience américaine. En septembre, ils fondaient Vaience sur leurs économies et celles des frères Clappier. Six mois et 200.000 francs plus tard, leur service de recrutement a séduit une vingtaine d'entreprises américaines parmi les plus dynamiques de la Valley, comme Juniper Networks, Synopsys et Qualcomm. Ils ont convaincu autant d'écoles françaises spécialisées de leur ouvrir les portes, dont l'Institut national des télécommunications et les Ecoles nationales supérieures d'électronique de Toulouse et Grenoble.

L'unique source de revenus est la commission versée par les employeurs à chaque embauche, à hauteur de 20% du salaire des recrues.

Sélectionnés parmi 250 candidats, 30 futurs diplômés ont été approuvés pour l'aventure. Les premiers doivent arriver dans la Valley au mois d'avril, et, avec eux, les premiers revenus enregistrés par Vaience. Mais le ralentissement de l'économie et le gel des embauches promettent des débuts modestes. Les quatre fondateurs ne se font guère d'illusions : un régime de vaches maigres sera leur lot au moins une année encore.

" Nous effectuerons sans doute une levée de fonds un jour, mais nous voulons d'abord démontrer la validité de notre concept et être en mesure de présenter un business-model solide et éprouvé ", déclare Simon Majoulet. Les quatre fondateurs de Vaience ont appris à se méfier de " l'enfumement mutuel " qui a caractérisé Stoody et ses investisseurs. " Il n'y avait personne pour crier " le roi est nu ! ". Nous, on l'habille et on verra ensuite ", ajoute le président. Les quatre fondateurs, qui partagent la direction collégiale de l'entreprise, vivent entre Paris et la Silicon Valley et se repartissent les tâches à tour de rôle et en équipe.

" On comprend aujourd'hui que la nouvelle économie consiste à répondre de manière innovante à des besoins existants ", indique Simon Majoulet. " Stoody a été un bon processus d'apprentissage - dommage qu'il nous ait coûté si cher. "

 

Laetitia MAILHES
 
Les Echos.net - 12 mars 2001